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Pièces uniques · Authentifiées · Livraison Paris · France · Europe

Conversations · 02·7 min de lecture

P. — collectionneur, Paris

Collectionneur privé · Paris

Pourquoi une pièce vintage tient économiquement, comment se construit une collection, ce qu'on appelle vraiment la patine. Conversation avec P., collectionneur parisien rencontré par notre fondateur. Anonymat à sa demande — exercice de style éditorial, pas portrait fidèle d'une personne identifiable.

Intérieur d'un collectionneur privé parisien — USM Haller et bibliothèque Perriand
Intérieur d'un collectionneur privé parisien — USM Haller et bibliothèque Perriand

Avant-propos

Cet entretien est un exercice éditorial. La personne désignée par P. est un composite — synthèse de plusieurs conversations menées par notre fondateur avec des acheteurs récurrents qui ont accepté de partager leur méthode à condition de ne pas être nommés. Aucune phrase n'est attribuée à un individu identifiable. Le format Q&A est conservé parce qu'il est plus honnête qu'une réécriture lissée à la troisième personne — le ton oral indique au lecteur qu'il s'agit d'une matière vivante, contradictoire, qu'on ne lui sert pas comme une étude de marché.

La conversation

LM — Quand avez-vous compris que vous achetiez plus qu'un objet ?

P. — Vers trente ans. J'avais une chaise Eames vraie et une chaise Eames fausse dans le même appartement — un cadeau, je n'avais pas eu le choix. Au bout de six mois, la fausse était abîmée, la vraie tenait. Je l'ai donnée à un ami, j'ai gardé la vraie. La différence n'était pas dans le prix d'achat. Elle était dans l'idée que l'objet allait survivre.

LM — Vous avez commencé par quoi ?

P. — USM Haller. Trois éléments d'un mètre, ramenés de Suisse en voiture en 2009. Configuration sage, gris clair. Aujourd'hui je travaille sur une bibliothèque de quatre mètres sur deux niveaux que je reconfigure tous les deux ou trois ans. Le système permet ça, c'est sa promesse — vous achetez une grammaire, pas une pièce finie. La promesse a tenu pendant quinze ans. Très peu d'objets tiennent quinze ans.

LM — USM aujourd'hui, c'est cher.

P. — Oui, et ça ne devrait pas être un problème pour qui regarde le coût d'usage. Sur quinze ans, un module USM revient à moins cher qu'un meuble Ikea racheté trois fois. La vraie question est ailleurs : est-ce que vous achetez à neuf ou en seconde main. Le marché vintage USM est devenu sérieux depuis cinq ou six ans. Les pièces des années 1970-1980 ont une qualité d'acier qui n'existe plus, des poignées d'origine plus profondes, et une patine que la peinture neuve ne saura jamais rejouer. Quand je rachète, c'est seconde main systématiquement.

LM — Vous parlez de patine. C'est devenu un mot vendeur.

P. — C'est devenu un mot creux. Pour un collectionneur, la patine n'est pas un effet visuel. C'est la trace d'une fonction qui a tenu. Une basculante LC1 dont les sangles sont d'origine et dont l'acier est éclairci aux poignets — c'est une pièce qui a été utilisée tous les jours pendant trente ans sans être détruite. C'est la preuve que le dessin marche. Vous ne pouvez pas fabriquer cette preuve. Vous l'achetez.

LM — Et la limite ? Quand est-ce qu'une pièce est trop abîmée ?

P. — Quand la restauration coûte plus cher que la pièce, c'est mort. Quand la matière elle-même est compromise — un cuir craquelé sur toute la surface, un placage qui se soulève en larges plaques, un bois infesté — c'est fini, on ne sauve pas. La règle pour moi : une intervention majeure par pièce dans toute sa vie. Si la pièce a déjà été restaurée une fois mal, je n'achète pas. Si elle est intacte mais usée, j'achète et je laisse comme ça.

LM — Vous résistez à la tentation de tout restaurer ?

P. — Oui, parce que la restauration intégrale tue la valeur. Sur le marché secondaire, une LC4 redonnée à neuf vaut moins qu'une LC4 d'origine en état d'usage moyen. Le galeriste sérieux le sait, le collectionneur novice ne le sait pas. C'est l'écart d'éducation principal entre les deux, plus que le portefeuille.

LM — Comment décide-t-on qu'on construit une collection plutôt qu'on meuble un appartement ?

P. — Pour moi, le seuil a été quand j'ai acheté une pièce dont je n'avais pas l'usage immédiat. Une Bibliothèque Nuage que je ne pouvais pas installer tout de suite — je l'ai stockée six mois en attendant de réorganiser le salon. À ce moment-là, vous n'achetez plus pour habiter, vous achetez pour avoir. Ça change la psychologie. Ça change aussi le budget. Une fois que vous avez accepté que vous êtes collectionneur, vous arrêtez de comparer le prix au prix d'un canapé du Bon Marché. Vous le comparez à ce que la pièce vaudra dans dix ans.

LM — Vous croyez vraiment au vintage comme investissement ?

P. — Comme placement court terme, non. Comme conservation de valeur sur quinze ou vingt ans, oui. Une chaise LC1 d'atelier en bon état d'usage tournait autour de mille deux cents euros en 2010, elle tourne autour de quatre mille aujourd'hui. Sur quinze ans, c'est une performance comparable à un livret bancaire moyen, à condition d'avoir choisi la bonne pièce. La règle est simple : seules les pièces signées, datées, documentées prennent. Les copies, les rééditions sans pedigree, les pièces anonymes ne montent pas. Elles vieillissent, elles ne se valorisent pas. C'est la première chose à comprendre.

LM — Et la bonne pièce, on la reconnaît comment ?

P. — Trois critères. Un — l'auteur a écrit l'histoire du design du XXᵉ siècle, pas seulement décoré une époque. Perriand, Prouvé, Paulin, Bellini, Ducaroy oui ; un anonyme suédois des années 1970 non. Deux — l'objet est documenté, c'est-à-dire qu'on trouve la fiche, le numéro de modèle, l'éditeur, la date de mise en production. Sans documentation, vous achetez une intuition. Trois — la pièce est en stock chez plusieurs galeries sérieuses sur cinq ans glissants. Si une seule galerie la propose, méfiance. Si dix galeries la proposent à des prix cohérents, c'est un marché.

LM — Vous achetez où, aujourd'hui ?

P. — En galerie pour les pièces majeures, en marché aux puces de Paris pour les trouvailles, en ventes publiques pour les acquisitions documentées qui demandent un certificat. Internet, plus rarement — il faut voir la pièce. Une photo cache trois quarts de l'information utile : l'odeur du cuir, la résonance du bois sous le doigt, l'écart entre les pieds si la pièce a fatigué. Les galeries qui acceptent les rendez-vous sur place sont celles qui restent, à mon avis.

LM — Vous distinguez l'éditeur de l'auteur. C'est un sujet pour le marché vintage ?

P. — C'est le sujet, oui. Un dessin Perriand n'a pas la même valeur selon qu'il est édité par Cassina, par Steph Simon, par Atelier Charlotte Perriand au moment des Arcs, ou par un atelier anonyme qui a copié sans licence dans les années 1980. Quatre niveaux de valeur, parfois quatre fois le prix. C'est l'éditeur qui produit la traçabilité — numéro de série, étiquette gravée, certificat — et donc qui produit la valeur. Une pièce Perriand sans étiquette éditeur est une orpheline. Elle reste belle, elle ne reste pas valorisable.

LM — L'authentification, c'est faisable pour un particulier ?

P. — Pour les pièces majeures — un Lounge Eames, une LC4, un siège Tulip Saarinen — oui, en croisant trois sources : la fiche descriptive d'époque chez l'éditeur, la photo dans le catalogue de l'année, et les forums de collectionneurs spécialisés. Pour les pièces secondaires, c'est plus difficile, et c'est là que la galerie sérieuse devient utile. Le galeriste qui certifie engage sa réputation sur la pièce. C'est ce que vous payez quand vous payez vingt pour cent de plus qu'aux Puces. Ce n'est pas du superflu, c'est une assurance.

LM — Vous avez des regrets d'achat ?

P. — Beaucoup, surtout au début. Une chaise Aalto faussement attribuée que j'ai gardée trois ans avant de comprendre. Un fauteuil Ducaroy restauré avec un cuir mat alors que l'original était brillant — il valait moitié moins après. Un buffet Mourgue acheté trop vite parce que le prix semblait bon — il l'était parce que la pièce avait été partiellement repeinte. Chaque erreur a coûté entre cinq cents et trois mille euros. Au bout de quinze ans, ça représente le prix d'une bonne pièce que je n'ai jamais achetée. C'est l'équivalent d'un master en histoire du design payé en frais d'inscription au marché.

LM — Un dernier conseil pour quelqu'un qui démarre ?

P. — Achetez moins, achetez plus cher. La pire collection est celle qui s'accumule par petits coups à cinq cents euros. Au bout de cinq ans, vous avez quinze pièces médiocres qui valent zéro à la revente et qui occupent l'espace que devrait occuper la bonne pièce. Mieux vaut attendre dix-huit mois et acheter la pièce qui vous tiendra trente ans. C'est valable pour le mobilier, c'est valable pour beaucoup d'autres choses dans une vie.

Postscriptum

Pour suivre la démarche d'authentification que nous appliquons sur chaque pièce LAPIERRE MARKET, voir notre démarche seconde vie. Pour les pièces actuellement disponibles citées dans cet entretien, voir USM Haller et l'archive Charlotte Perriand.

Pièces et collections évoquées