La gamme LC (LC1, LC2, LC3, LC4) est sans doute l'une des plus copiées du mobilier moderniste. Les modèles dessinés en 1928 par Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand circulent aujourd'hui sous des dizaines de marques génériques, dans des versions plus ou moins fidèles, à des prix allant de quelques centaines à plusieurs milliers d'euros. La seule édition autorisée par les ayants droit est produite par Cassina depuis 1965. Le reste n'est pas, juridiquement, une LC : ce sont des fauteuils ou des chaises longues d'inspiration voisine, vendus sous d'autres noms. Voici les éléments concrets qui permettent de distinguer une pièce Cassina d'une réinterprétation.
Pourquoi cette distinction compte
Cassina détient depuis 1965 la licence exclusive de la collection « I Maestri », accordée par les ayants droit de Le Corbusier (Fondation Le Corbusier, FLC), de Pierre Jeanneret et de Charlotte Perriand. Cette licence couvre la fabrication, la signature et la commercialisation des modèles LC sous leur nom officiel. En France et en Italie, produire des copies vendues sous l'appellation « LC » expose à des poursuites, et l'importation de pièces non autorisées vers ces marchés est régulièrement contestée.
Sur le marché vintage, la distinction compte pour deux raisons. Le prix d'abord : une LC2 ou une LC3 Cassina d'occasion en bon état se vend nettement plus cher qu'une copie, même bien faite. La traçabilité ensuite : une pièce Cassina porte un marquage qui atteste son origine et sa date approximative de fabrication, ce qui permet de retracer son parcours. Une copie n'a pas d'histoire vérifiable.
Le dessin, fixé en 1928 et présenté au Salon d'automne de 1929, repose sur des proportions très précises. Pour réduire leurs coûts, les copies modifient souvent ces cotes (épaisseur des coussins, hauteur d'assise, diamètre du tube), sans que cela se voie au premier regard. À l'usage, la différence se sent.
Comment identifier une LC authentique
Le marquage Cassina
Toute pièce de la collection I Maestri porte un marquage gravé à froid sur le châssis, en général à l'arrière d'un montant ou sous l'assise. Il comprend la mention « Cassina », parfois le nom de la collection (« I Maestri »), le nom du modèle, un numéro de série propre à la pièce et la signature des auteurs. Pour les LC, c'est celle de Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, accompagnée du logo FLC (Fondation Le Corbusier) et de la mention ADAGP, qui couvre les droits de reproduction.
La gravure est nette, peu profonde mais lisible, et bien alignée. Une frappe imprécise, des lettres mal espacées ou une encre rapportée à la place d'une gravure signalent une copie. Les pièces les plus anciennes, des années 1960 et 1970, peuvent porter un marquage un peu différent, avec une numérotation plus irrégulière, parfois absente, mais la mention Cassina est toujours là.
Le châssis tubulaire
Sur les LC2 et LC3, le châssis est fait de tubes d'acier chromé soudés, finis avec des tolérances industrielles serrées. Le diamètre est constant, les soudures sont invisibles ou soigneusement meulées, le chrome est épais et stable. Sur la LC4, le piétement est en acier laqué noir mat et le berceau est cintré dans un seul plan. Les copies montrent souvent des soudures visibles, un chrome plus mince qui se pique en quelques années, ou des angles légèrement différents qui déséquilibrent la silhouette.
Les coussins reposent sur des sangles élastiques tendues entre les montants. Chez Cassina, ces sangles sont fixées par des crochets métalliques ; certaines copies utilisent des agrafes ou des vis apparentes, qui tiennent mal dans le temps.
Les coussins et le cuir
Cassina propose plusieurs qualités de cuir, du pleine fleur lisse au cuir grainé épais, dans une gamme de teintes définie. Le cuir d'origine se patine, fonce un peu et garde son grain. Les coussins sont rembourrés de mousse polyuréthane de densité contrôlée, ferme, qui garde longtemps sa tenue.
Sur les copies, le cuir est souvent plus fin, parfois en croûte enduite qui se craquelle au bout de quelques années. Les coussins s'affaissent vite et perdent leurs arêtes. Quand le grain imite un cuir grainé, il paraît trop régulier, comme imprimé.
Les proportions et les cotes
Les cotes officielles du fauteuil LC2 grand confort, du LC3 grand confort grand modèle et de la chaise longue LC4 figurent dans les archives Cassina et dans plusieurs ouvrages de référence sur le mobilier moderniste. Les copies prennent souvent quelques centimètres de liberté, une assise un peu plus basse ou un dossier un peu plus court, qui changent la silhouette. Un mètre ruban suffit souvent à trancher.
Ce qu'il faut éviter
Premier point de vigilance : les copies vendues comme « édition italienne » sans mention de Cassina. Certains revendeurs emploient l'expression pour suggérer une origine prestigieuse sans la garantir. Sans marquage Cassina ni signature FLC/ADAGP, la pièce n'est pas une LC officielle, quel que soit son pays de fabrication.
Deuxième point : les pièces présentées comme « rééditions vintage » à la date imprécise. Cassina produit ces modèles sans interruption depuis 1965 ; il ne s'agit donc pas de rééditions au sens habituel, mais d'une production continue. Une pièce Cassina de 1985 et une de 2015 sont toutes deux authentiques, simplement de générations différentes.
Troisième point : le recouvrement. Une LC2 d'origine recouverte hors de l'atelier Cassina perd une partie de sa valeur, surtout si le travail est approximatif. Un cuir d'origine patiné, même un peu marqué, vaut mieux qu'un recouvrement maladroit.
Enfin, certaines copies imitent jusqu'au marquage. Quelques fabricants posent une plaque générique portant un nom à consonance italienne. Le marquage Cassina d'origine est gravé directement dans le métal du châssis, jamais rapporté sur une plaque vissée.
Ce que nous vérifions
Quand une LC passe entre nos mains, nous recherchons la facture d'origine si elle existe, puis nous examinons le châssis : marquage Cassina, signature FLC/ADAGP, état du chrome ou de la laque sous lumière rasante, et mesure des cotes principales. Nous évaluons ensuite le cuir (grain, souplesse, état des coutures, traces de réfection) et photographions le marquage et la signature.
Par
LAPIERRE MARKET
