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Mobilier de Chandigarh : authentifier un Jeanneret

Pierre Jeanneret a dessiné une grande partie du mobilier des bâtiments publics de Chandigarh. Ce que l'on sait de cette production, et les indices qui permettent, avec prudence, d'authentifier une pièce.

Les chaises de bureau en teck et canne aux pieds en V, les fauteuils bas, les bureaux et les étagères dessinés pour Chandigarh sont devenus en une vingtaine d'années des pièces recherchées. Leur histoire explique pourquoi il faut de la prudence pour les authentifier. Fabriqués sur place, en nombre, sans éditeur ni étiquette, ils ont quitté l'Inde dans des conditions qui ont laissé peu de documents, et ils sont aujourd'hui largement copiés. Cet article rassemble ce qui est établi, puis les indices qu'un acheteur peut croiser. Aucun ne suffit à lui seul.

Une ville nouvelle, un chantier de quinze ans

Après la partition de 1947, le Pendjab indien perd Lahore et doit se doter d'une nouvelle capitale. En 1951, Le Corbusier reçoit la commande du plan de Chandigarh et des grands bâtiments du Capitole. Son cousin et ancien associé Pierre Jeanneret s'installe sur place la même année, aux côtés des architectes britanniques Maxwell Fry et Jane Drew.

Jeanneret y restera jusqu'en 1965. Il dirige le chantier au quotidien et conçoit lui-même de nombreux bâtiments. Il meurt à Genève en 1967 et, selon son souhait, ses cendres sont dispersées dans le lac Sukhna, à Chandigarh. En 2016, le complexe du Capitole a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO avec d'autres œuvres de Le Corbusier.

Un mobilier fabriqué sur place

Pour équiper les administrations, la Haute Cour, l'Assemblée, l'université et les logements de fonctionnaires, Jeanneret dessine des chaises, des fauteuils, des bureaux, des tables, des étagères et des bancs. Ils sont fabriqués par des ateliers locaux, en teck massif et plus rarement en sissoo, un palissandre indien, avec des assises et des dossiers souvent cannés. Les assemblages sont simples à exécuter en atelier, et les sections généreuses.

Toutes les pièces de Chandigarh ne sont pas de Jeanneret. Certaines sont attribuées à Le Corbusier, d'autres aux architectes de l'équipe, et l'attribution de quelques modèles reste discutée. Quant aux noms sous lesquels ces meubles circulent aujourd'hui, « office chair », « committee chair » ou « kangaroo chair », ce sont pour beaucoup des appellations de marchands, apparues bien après la fabrication.

Comment ces meubles ont quitté l'Inde

À la fin des années 1990 et dans les années 2000, une partie de ce mobilier, usé ou jugé démodé, a été écartée par les administrations et vendue en lots, parfois comme rebut. Des marchands, européens pour la plupart, en ont racheté, restauré et revendu de grandes quantités, et c'est ainsi que s'est formé le marché actuel. Ces ventes sont contestées à Chandigarh, où des voix s'élèvent régulièrement contre la dispersion de ce patrimoine à l'étranger.

Pour l'acheteur, la conséquence est simple : la provenance d'une pièce authentique est souvent documentée à partir de son arrivée en Europe, rarement avant.

Les marquages au pochoir

Le mobilier des institutions portait en général un numéro d'inventaire peint au pochoir, souvent en blanc, de préférence au dos ou sur un côté. Ce marquage associe une abréviation de l'institution, parfois un code de bâtiment ou de service, et un numéro reporté dans les registres de l'administration : « H.C. », par exemple, désigne la Haute Cour.

Trois réserves s'imposent. Le marquage n'était pas systématique, et beaucoup se sont effacés avec le temps. Les meubles des maisons particulières n'en portaient pas. Enfin, un pochoir se reproduit sans difficulté. Un numéro lisible n'est donc pas une preuve, et son absence n'est pas une condamnation. Ce qui compte est sa cohérence avec le reste de la pièce : un marquage net et frais sur un bois très usé appelle des questions.

Le bois, les assemblages, l'usure

  • Le bois. Une pièce de Chandigarh est en bois massif sur toutes ses faces, y compris au dos et sous l'assise. Un placage ou un contreplaqué dans une partie cachée doit alerter.
  • Les assemblages. On attend des tenons, des mortaises et des chevilles en bois. Des vis apparentes signalent en général une réparation ultérieure, qu'il faut faire préciser.
  • L'usure. Des décennies de service laissent des traces localisées : accoudoirs polis là où reposent les mains, pieds usés au contact du sol, chocs sur les arêtes basses. Une usure uniforme, répartie partout, ressemble davantage à un vieillissement artificiel.
  • Le cannage. Il a très souvent été refait. Un cannage neuf n'est pas un défaut en soi, mais il doit être mentionné, comme toute restauration : ponçage, revernissage, élément remplacé.

Rééditions et copies

Deux catégories de pièces neuves circulent à côté des originaux. Depuis 2019, Cassina édite plusieurs modèles de Chandigarh dans sa collection « Hommage à Pierre Jeanneret ». Ces rééditions portent le marquage de l'éditeur et sont vendues comme telles. Par ailleurs, de nombreuses reproductions sont fabriquées, en Inde notamment. Certaines sont vendues ouvertement comme des copies. D'autres sont vieillies, et il arrive qu'elles reçoivent un faux pochoir pour passer pour des originaux.

Ce qu'il faut demander avant d'acheter

La provenance pèse plus que tout le reste. Demandez l'historique de la pièce : de quelle institution elle vient, quand et par qui elle a été importée, chez quel marchand ou dans quelle vente aux enchères elle est passée. Une facture d'un marchand ou d'une maison de ventes identifiable, un catalogue de vente, des documents d'exportation forment une chaîne que l'on peut vérifier. Demandez aussi la liste des restaurations. Sans ces documents, aucun vendeur ne peut garantir une attribution, quel que soit l'aspect de la pièce.

Chez LAPIERRE MARKET

Nous ne reprenons des pièces de Chandigarh que lorsqu'un tiers identifiable en documente la provenance. Les repères biographiques sont réunis sur la fiche Pierre Jeanneret, et la page vendre détaille ce que nous rachetons et comment nous l'examinons.

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Auteur

Nicolas Bret

Fondateur LAPIERRE MARKET — chineur, photographe, et seul interlocuteur derrière le site.

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