La table basse Noguchi : histoire, éditions et authentification
Isamu Noguchi était d'abord sculpteur, et la table basse qui porte son nom n'a jamais cessé de l'être. Conçue en 1947, elle repose sur une idée simple : poser un plateau de verre de forme libre sur deux pieds de bois identiques et entrelacés, qui se tiennent l'un l'autre. C'est l'une des tables basses les plus reconnaissables du XXe siècle, et elle appartient autant à l'histoire de la sculpture qu'à celle du mobilier.
Du sculpteur au designer
Noguchi se méfiait de la frontière entre l'art et le design. Il décrivait cette table comme une « sculpture pour l'usage » : une forme qui aurait sa raison d'être même sans fonction, mais qui accepte de devenir meuble. Le projet prolonge des recherches qu'il avait menées dès la fin des années 1930 sur des plateaux de verre posés sur des bases sculpturales en bois.
C'est l'éditeur américain Herman Miller qui a mis cette recherche en production. La table basse a été lancée en 1947 et présentée comme un objet à la croisée de la sculpture et de l'industrie, fabriqué en série tout en gardant la présence d'une pièce unique. Elle est restée au catalogue depuis et compte parmi les classiques du design américain d'après-guerre.
Deux pieds, un équilibre
Tout tient dans la base. Elle est composée de deux pieds de bois massif identiques. Inversés et reliés l'un à l'autre, ils s'entrelacent pour former un appui stable, autoportant, qui retient le plateau de verre sans aucune vis traversante apparente. La géométrie est telle que les deux mêmes éléments, par leur seule disposition, créent l'équilibre.
Le plateau, en verre épais, adopte une forme libre, organique, à mi-chemin entre la goutte et le galet. Sa transparence laisse voir le dessin de la base, qui devient le véritable sujet de l'objet. Posé, le verre épouse exactement les points hauts des deux pieds. C'est cette rencontre entre une matière lourde et transparente et un bois sculpté qui donne à la table sa légèreté.
Herman Miller et Vitra : deux territoires
La question de l'éditeur est centrale pour qui achète une table Noguchi. L'éditeur d'origine, Herman Miller, produit la table aux États-Unis. En Europe, c'est Vitra qui en assure la production sous licence, en coopération avec la fondation de l'artiste à New York, depuis le début des années 2000. Ces deux productions sont également légitimes ; elles se distinguent par leur territoire de diffusion et par leurs marquages respectifs.
La configuration de la table, son plateau et sa base entrelacée, fait l'objet d'une protection au nom de la fondation Noguchi. Cela signifie que les nombreuses copies qui circulent ne sont pas des Noguchi authentiques, quelle que soit la ressemblance de la silhouette.
Authentifier une table Noguchi
Deux marquages, en particulier, aident à distinguer une pièce d'origine. La signature de l'artiste figure, sur les éditions authentiques, gravée sur la plus longue tranche du plateau de verre. La base, elle, porte traditionnellement un médaillon sur sa face inférieure, et les éditions authentiques associent à ce médaillon les initiales de l'artiste estampées dans le bois. La présence cohérente de ces éléments et du marquage de l'éditeur, Herman Miller ou Vitra selon le territoire, est un indice fort d'authenticité.
Au-delà des marquages, la qualité du bois et l'exactitude de l'entrelacement comptent. Sur une pièce authentique, les deux pieds s'assemblent précisément et le plateau se pose sans jeu. Les copies présentent souvent un bois plus léger, un assemblage approximatif, un verre dont la forme et l'épaisseur diffèrent du dessin d'origine, et aucune signature.
Vivre avec une table Noguchi aujourd'hui
La table Noguchi s'accorde avec des intérieurs très différents, parce qu'elle ne se rattache à aucun style précis. Au centre d'un séjour, elle attire le regard sans l'écraser, et sa transparence allège l'espace. Le bois peut présenter une patine, des micro-rayures, parfois un léger jeu aux assemblages avec le temps ; ce sont des signes d'usage normaux sur une pièce d'origine bien identifiée. Le plateau de verre, en revanche, doit être surveillé : un éclat sur la tranche ou une fêlure sont irréversibles.
Ce que nous vérifions
Pour une table Noguchi, nous cherchons la signature sur la tranche du verre, le médaillon et les initiales sous la base et le marquage de l'éditeur, puis nous examinons le bois (essence, précision de l'entrelacement, patine) et le plateau en lumière rasante, à la recherche d'éclats et de fêlures. Les photos montrent la signature, le médaillon et l'assemblage, et la fiche de la pièce indique l'éditeur, le territoire de production estimé et l'état du bois et du verre. Voir notre sélection Vitra.
Par
LAPIERRE MARKET

