George Nelson, directeur du design chez Herman Miller
L'influence de George Nelson (1908-1986) sur le design américain dépasse largement les objets qu'il a lui-même dessinés. Architecte de formation, critique et théoricien, il a surtout été directeur du design d'un éditeur, Herman Miller, dont ses choix ont fait l'une des maisons majeures du XXe siècle. Son parcours montre qu'un catalogue se construit autant par la sélection que par le dessin.
Architecte, critique, puis directeur du design
Avant Herman Miller, Nelson est journaliste et théoricien du design. Il publie des textes remarqués, observe l'architecture européenne et réfléchit à l'habitat moderne. En 1945, il devient directeur du design de Herman Miller, poste qu'il occupe jusqu'au début des années 1970. Son rôle ne se limite pas au dessin : il définit une ligne, recrute des designers et oriente la production, à une époque où la fonction de directeur artistique dans le mobilier n'existe presque pas.
Faire entrer les autres chez Herman Miller
L'apport le plus durable de Nelson à Herman Miller tient sans doute aux designers qu'il y a fait venir. C'est lui qui fait entrer chez l'éditeur Charles et Ray Eames, dont le mobilier en bois moulé puis en fibre de verre a profondément changé la chaise au XXe siècle. C'est lui aussi qui recrute Isamu Noguchi et Alexander Girard. Ensemble, ces designers forment une collection qui reste aujourd'hui le cœur du catalogue Herman Miller. Nelson considérait d'ailleurs que savoir reconnaître et accueillir le travail des autres faisait partie du métier de designer.
Le studio Nelson : Marshmallow, Bubble, Ball
Le bureau de Nelson, souvent désigné sous le nom de George Nelson Associates, a produit plusieurs pièces très connues, et l'attribution demande de la précision. Nelson dirigeait un atelier où travaillaient des collaborateurs de premier plan, à commencer par Irving Harper, auteur du dessin de plusieurs pièces signées du nom de Nelson.
Le canapé Marshmallow, de 1956, en est l'exemple le plus connu : des coussins ronds indépendants, disposés sur une structure en acier, font de l'assise une composition presque graphique. L'idée est née d'une proposition technique, une machine censée produire des coussins ronds à bas coût, que le studio a transformée en meuble.
Les lampes Bubble, conçues à la fin des années 1940, sont des suspensions à structure métallique recouverte d'une membrane translucide qui diffuse une lumière douce. Les horloges murales, dont la Ball, aux heures marquées par des boules de bois, appartiennent à une large famille d'horloges produites pour la Howard Miller Clock Company et dessinées en grande partie au sein du studio par Irving Harper. Il est plus juste de les attribuer au studio Nelson qu'à Nelson seul, et c'est aujourd'hui l'usage chez les historiens comme chez les éditeurs.
Qui produit quoi aujourd'hui
Sur le marché vintage, il faut savoir quel éditeur a produit quoi. Le mobilier, dont le canapé Marshmallow, relève de Herman Miller. Les lampes Bubble ont d'abord été produites par Howard Miller. Une partie des horloges murales dessinées pour Howard Miller est aujourd'hui rééditée par Vitra, qui en détient les droits pour le marché européen. Une horloge Ball récente porte donc le marquage Vitra, alors qu'un exemplaire ancien peut porter celui de Howard Miller. L'éditeur et la génération font partie des points à vérifier.
Le design comme système
Nelson laisse aussi une manière de penser. Pour lui, le design consistait moins à produire des objets isolés qu'à organiser un environnement cohérent, d'où son intérêt pour les rangements modulaires, les bureaux d'angle et les meubles qui s'assemblent entre eux. Cette approche, jointe à son rôle de directeur éditorial, explique que son empreinte se lise dans un catalogue entier plutôt que dans un seul objet, et que les pièces issues de son entourage, les siennes, celles de son studio et celles des designers qu'il a fait éditer, aillent si bien ensemble.
Ce que nous vérifions
Quand une pièce liée à George Nelson passe entre nos mains, nous identifions l'éditeur (Herman Miller, Howard Miller ou Vitra) par le marquage et les caractéristiques de fabrication, et distinguons un exemplaire ancien d'une réédition. Nous contrôlons ensuite l'état : structure métallique, mousse et coussins pour le mobilier, membrane et câblage pour les lampes Bubble, mécanisme et boules de bois pour les horloges.
Par
LAPIERRE MARKET

