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Palissandre de Rio et CITES : acheter, vendre et exporter une pièce vintage

Le palissandre de Rio (Dalbergia nigra) est un bois protégé par la CITES. Ce qu'il faut savoir pour acheter, vendre et exporter une pièce vintage légalement : statut, dates, documentation.

Palissandre de Rio et CITES : acheter, vendre et exporter une pièce vintage

Le palissandre de Rio est l'un des bois les plus recherchés du mobilier moderne. Veines brun-violacé striées de noir, fil dense, brillance naturelle qui s'intensifie sous le vernis : on le trouve sur de nombreuses pièces des années 1950 à 1970, des bureaux scandinaves aux plateaux de table américains. Ce bois est aujourd'hui strictement protégé, et quiconque achète, vend ou transporte une pièce ancienne en palissandre de Rio doit en connaître les règles. Voici celles qui sont établies, car une erreur peut ici avoir des conséquences douanières et juridiques.

Le bois

Le palissandre de Rio désigne le bois de l'essence Dalbergia nigra, originaire de la forêt atlantique brésilienne. Sa réputation tient à un grain serré et à des couleurs très particulières, où le brun chocolat se mêle au violacé et au noir, avec des contrastes très marqués entre cœur et aubier. Stable, dense, il se prête au placage comme au massif et prend un poli profond.

Dans le mobilier du milieu du XXe siècle, on le retrouve sur des plateaux de table, des façades de meubles de rangement, des bureaux et certaines assises. De grands éditeurs l'ont employé sur des pièces signées, et l'on croise encore sur le marché vintage des plateaux ou des caissons en palissandre associés à des maisons comme Knoll ou Cassina. C'est cette demande, associée à une exploitation intensive, qui a conduit à sa protection.

Le statut CITES : ce qui est établi

La CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) encadre les échanges internationaux d'espèces protégées. Deux faits sont à retenir.

D'abord, le Dalbergia nigra, c'est-à-dire le palissandre de Rio au sens strict, est inscrit à l'Annexe I de la CITES depuis le 11 juin 1992. L'Annexe I est le niveau de protection le plus élevé : elle concerne les espèces menacées d'extinction et soumet leur commerce international à des contrôles très stricts. Le Dalbergia nigra est la seule espèce de son genre classée à ce niveau.

Ensuite, lors de la 17e Conférence des Parties (CoP17), l'ensemble du genre Dalbergia, qui regroupe de nombreux palissandres, a été inscrit à l'Annexe II de la CITES, avec une entrée en vigueur le 2 janvier 2017. L'Annexe II offre une protection moins stricte que l'Annexe I, mais soumet tout de même les échanges internationaux à des permis. Cette inscription couvre les Dalbergia du genre, à l'exception de ceux déjà inscrits à l'Annexe I, dont précisément le Dalbergia nigra.

Autrement dit : le palissandre de Rio relève du régime le plus contraignant (Annexe I) depuis 1992, et les autres palissandres du genre Dalbergia relèvent depuis 2017 d'un régime de permis (Annexe II).

Ce que cela implique pour une pièce vintage

La question qui revient le plus souvent : une pièce ancienne en palissandre de Rio est-elle interdite à la vente ? Non. La protection CITES ne rend pas le mobilier existant illégal. Elle encadre les mouvements et la commercialisation, et prévoit des dispositions pour les spécimens anciens.

La notion clé est celle de spécimen « pré-Convention » : un objet acquis avant que les dispositions de la Convention ne s'appliquent à l'espèce concernée peut, sous réserve de justificatifs, être certifié comme tel par l'autorité compétente. Pour le mobilier ancien, les administrations distinguent par ailleurs les objets ouvragés anciens. La règle communément retenue veut qu'un objet façonné avant 1947 et significativement transformé à partir de la matière brute avant cette date relève d'un régime allégé pour les ventes internes.

En pratique, pour un meuble en palissandre de Rio postérieur à 1947, un mouvement transfrontalier ou une vente peut nécessiter un certificat. Dans l'Union européenne, la circulation et la commercialisation de spécimens d'Annexe I exigent un certificat spécifique délivré par l'autorité de gestion CITES nationale. Au Royaume-Uni comme aux États-Unis, des dispositifs équivalents existent, avec des formulaires dédiés aux spécimens pré-Convention et aux objets anciens.

Sur les points précis (formulaires, seuils, coûts, délais), les modalités varient d'un pays à l'autre et évoluent. Mieux vaut se renseigner auprès de l'autorité de gestion CITES compétente que de se fier à des chiffres de seconde main. Ce qui ne change pas, c'est le principe : un meuble en palissandre de Rio qui voyage à l'international, ou qui change de mains commercialement, doit pouvoir justifier de son origine et de son ancienneté.

La documentation, au cœur de tout

Pour une pièce en palissandre de Rio, c'est la documentation qui permet de la faire circuler légalement. Plusieurs éléments comptent. Une preuve d'ancienneté d'abord : facture d'origine, photographie d'époque, mention dans une succession, expertise datée. Une identification de l'essence ensuite, car « palissandre » est un terme commercial flou qui recouvre plusieurs Dalbergia et d'autres bois encore ; seul le Dalbergia nigra relève de l'Annexe I. Enfin, le certificat CITES adéquat lorsque la pièce doit franchir une frontière.

Une pièce sans aucune traçabilité n'est pas nécessairement suspecte, mais elle sera plus difficile à exporter légalement. À l'inverse, un dossier solide protège l'acheteur comme le vendeur.

Acheter et vendre

Côté achat, mieux vaut privilégier les pièces dont l'origine est documentée et interroger le vendeur sur l'essence exacte et sur la possibilité d'obtenir un certificat en cas de revente ou d'export. Côté vente, anticiper la documentation évite les blocages : une pièce annoncée « palissandre de Rio » sans justificatif se vend plus difficilement à l'étranger qu'une pièce accompagnée d'un dossier d'ancienneté.

Il faut aussi se méfier des annonces qui emploient « palissandre de Rio » comme argument de prestige sans certitude botanique. La confusion entre Dalbergia nigra et d'autres palissandres, ou avec des bois simplement teintés, est fréquente. En cas de doute, une expertise vaut mieux qu'une étiquette.

Pour notre part, nous n'employons l'appellation « Rio » que lorsqu'elle est étayée, et la fiche d'une pièce en palissandre indique l'essence telle que nous l'avons identifiée, l'ancienneté estimée et les documents disponibles. Les pièces Knoll que nous proposons sont réunies sur la page de l'éditeur.

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Auteur

Nicolas Bret

Fondateur LAPIERRE MARKET — chineur, photographe, et seul interlocuteur derrière le site.

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