Gae Aulenti : de la lampe Pipistrello au musée d'Orsay
Gae Aulenti a travaillé dans des domaines très différents : architecture, mobilier, luminaires, scénographie, muséographie. Elle a dessiné de petits objets domestiques comme elle a transformé une gare parisienne en musée. Née en 1927 et morte en 2012, elle appartient à une génération milanaise qui ne séparait pas les disciplines : dessiner une lampe et concevoir un musée relevaient pour elle du même travail, celui d'organiser l'espace et la lumière.
Formation
Gaetana Emilia Aulenti, que tout le monde appelait Gae, s'inscrit en 1948 à la faculté d'architecture du Politecnico de Milan, à une époque où les femmes architectes sont rares dans l'Italie de la reconstruction. Diplômée au début des années 1950, elle rejoint la revue Casabella-continuità, dirigée par Ernesto Nathan Rogers, où elle travaille comme graphiste pendant une dizaine d'années. Elle y apprend à penser le projet sans opposer l'histoire et la tradition à la modernité.
Aulenti prend tôt ses distances avec le modernisme orthodoxe et international. Elle s'intéresse au courant néo-liberty, qui réintroduit la mémoire des formes, la matière et un décor maîtrisé dans un vocabulaire contemporain. Cette position explique le caractère de ses objets, qui cherchent moins une pureté abstraite qu'une présence et une justesse d'usage.
La Pipistrello
Son objet le plus connu est la lampe Pipistrello, dessinée en 1965 pour les boutiques Olivetti de Paris et de Buenos Aires et produite par Martinelli Luce. Son diffuseur en méthacrylate opalin, évasé comme les ailes repliées d'une chauve-souris (pipistrello en italien), repose sur un pied chromé muni d'un mécanisme télescopique qui permet d'en régler la hauteur.
La Pipistrello est restée en production de manière presque continue, ce qui pose sur le marché vintage une question de datation : les exemplaires des premières décennies présentent des détails de fabrication, de marquage et de matériaux différents des éditions récentes. Nous détaillons ces différences version par version, de 1965 à aujourd'hui, pour aider à situer une pièce dans le temps.
Fontana Arte et le verre
L'autre grand chapitre de son œuvre est sa collaboration avec Fontana Arte, maison milanaise historique du verre et de la lumière, dont elle assure la direction artistique. Elle y conçoit l'un de ses objets les plus cités, le Tavolo con ruote, une table à roulettes faite d'un épais plateau de verre posé sur quatre roues de chariot industriel. L'idée vient du détournement d'un objet utilitaire, ces roues servant d'ordinaire à déplacer les plaques de verre en atelier. Le geste est typique de son époque : prendre un élément trouvé et fonctionnel, et le faire entrer dans la maison sans le déguiser.
Chez Fontana Arte, Aulenti travaille la transparence, l'épaisseur, les reflets et la couleur du verre, et signe une série de luminaires et de tables où le verre porte la structure plutôt que de la décorer. Elle s'inscrit ainsi dans la tradition de la maison, fondée des décennies plus tôt, tout en la renouvelant.
Du petit objet au musée
Dans les années 1980, on lui confie la conversion de l'ancienne gare d'Orsay en musée. Le chantier, achevé en 1986, fait d'un bâtiment ferroviaire un musée consacré à l'art du XIXe siècle, avec un parti d'aménagement qui fait encore débat. Elle intervient aussi sur l'aménagement du Musée national d'art moderne au Centre Pompidou et sur le Palazzo Grassi à Venise.
Entre la lampe et le monument, la démarche reste la même. Que ce soit pour un luminaire ou pour une nef, Aulenti se demande comment entre la lumière, comment circule le regard et comment l'usage trouve sa place.
Sur le marché vintage
Les pièces d'Aulenti sont recherchées pour son nom comme pour la qualité des maisons qui les ont produites. La Pipistrello reste la plus demandée, en particulier les exemplaires anciens en bon état d'origine. Les tables et luminaires Fontana Arte de sa période, plus rares, intéressent surtout les collectionneurs. Comme souvent pour les modèles produits en continu, l'écart de prix tient moins au modèle qu'à la période de fabrication, à l'état et à la traçabilité.
Ce que nous vérifions
Pour une Pipistrello, nous vérifions le marquage Martinelli Luce, l'état du diffuseur en méthacrylate, qui jaunit ou se fendille avec le temps sur certaines générations, et le fonctionnement du mécanisme télescopique. Pour les pièces Fontana Arte, nous contrôlons la qualité du verre, les éventuels éclats ou retailles, et la cohérence des pièces métalliques. Chaque pièce est photographiée en lumière naturelle, marquage compris, et sa fiche indique le modèle, la période de production estimée et l'état. Les pièces en vente sont sur la page Gae Aulenti.
Par
LAPIERRE MARKET

