L'histoire de Knoll : l'édition américaine du modernisme
Knoll a beaucoup compté dans la manière dont les Américains ont découvert le modernisme. Fondée à New York à la fin des années 1930, la maison a réuni en une génération des designers dont les pièces restent des références du mobilier du XXe siècle : Mies van der Rohe, Harry Bertoia, Eero Saarinen, Warren Platner. Son histoire est aussi celle d'un couple, Hans et Florence Knoll, et d'une façon de penser ensemble l'objet, l'espace et l'industrie.
Hans Knoll et la fondation, 1938
La maison naît en 1938, lorsque Hans Knoll ouvre la Hans G. Knoll Furniture Company dans un petit local de New York. Il connaît déjà le métier : il est issu d'une famille allemande de fabricants de meubles, et son père, Walter Knoll, comptait parmi les fabricants de mobilier moderne de l'Allemagne d'avant-guerre. Hans arrive aux États-Unis avec l'intention d'importer des modèles européens, mais les difficultés d'importation de la fin des années 1930 le poussent à produire sur place.
Plutôt que de suivre le goût du moment, Hans cherche à faire entrer la rigueur du modernisme européen sur un marché américain encore dominé par les styles historiques. En 1941, il fait appel au designer danois Jens Risom, dont les premières séries donnent le ton : lignes claires, matériaux simples, économie de moyens.
Florence Knoll et le Planning Unit
L'arrivée de Florence Schust change la trajectoire de l'entreprise. Elle la rejoint en 1943 et épouse Hans en 1946. Architecte de formation, élève de Mies van der Rohe à l'Illinois Institute of Technology après avoir été formée à Cranbrook auprès d'Eliel Saarinen, Florence Knoll apporte une vision de l'espace qui va bien au-delà de la fabrication de sièges.
En 1945, elle lance le Knoll Planning Unit, un service d'aménagement intérieur qui repense l'organisation des bureaux d'entreprise. Il s'agit de traiter un plateau de bureaux comme un projet d'architecture à part entière, où mobilier, circulations, textiles et lumière obéissent à une même logique. C'est dans ce cadre qu'est créée en 1947 une division textile, Knoll Textiles, qui fournit les tissus de ces aménagements. Florence dessine elle-même de nombreuses pièces, tables, bureaux, banquettes, qu'elle qualifiait modestement de « pièces de remplissage » et qui comptent parmi les plus épurées de la production Knoll.
La licence Mies van der Rohe
L'accord passé avec Ludwig Mies van der Rohe a beaucoup fait pour l'identité de Knoll. Ancien professeur de Florence, Mies avait quitté l'Allemagne et dirigeait l'Illinois Institute of Technology à Chicago. Au tournant des années 1940 et 1950, il accorde à Knoll les droits de fabrication de son mobilier : la collection Barcelona, le fauteuil Brno, la série MR. Le fauteuil et le tabouret Barcelona, dessinés en 1929 pour le pavillon allemand de l'Exposition internationale de Barcelone, entrent ainsi durablement au catalogue de Mies van der Rohe chez Knoll.
Cette licence change l'échelle de la maison. Elle l'inscrit dans la filiation directe du Bauhaus et lui donne une légitimité historique que peu de concurrents pouvaient revendiquer. Le fauteuil Barcelona devient l'un des sièges les plus reconnaissables du XXe siècle.
Bertoia, Saarinen, Platner
Knoll fait aussi appel à une nouvelle génération de designers. En 1948, Eero Saarinen dessine le Womb Chair, un fauteuil enveloppant à coque moulée, pensé pour s'y installer en boule, loin de la posture droite des sièges traditionnels. Il poursuit avec la série Pedestal et la chaise Tulip de 1957, où il cherche à supprimer ce qu'il appelait le « bidonville de pieds » sous les tables et les chaises en posant assise et plateau sur un pied central unique.
En 1952, Harry Bertoia présente sa collection de sièges en fil d'acier soudé, dont le Diamond Chair. Sculpteur autant que designer, Bertoia travaille le fil d'acier comme un matériau qui dessine dans l'espace : ses chaises sont, selon sa formule, « faites surtout d'air ».
En 1966, Warren Platner signe la collection qui porte son nom, faite de centaines de tiges d'acier cintrées et soudées en gerbe. Platner voulait réintroduire dans le modernisme une part d'ornement qu'il associait aux styles anciens, sans renoncer à la logique industrielle. Chaque pièce demande un très grand nombre de soudures, ce qui en fait l'une des productions les plus exigeantes du catalogue.
La place de Knoll dans le modernisme américain
Après la mort de Hans Knoll dans un accident de voiture en 1955, Florence reprend la direction de l'entreprise, en consolide l'identité, puis s'en retire progressivement à partir de la fin des années 1950. Elle laisse une façon de concevoir le modernisme comme un ensemble où le siège, le textile, le bureau et l'architecture se répondent. Knoll n'a pas inventé les formes du modernisme européen : la maison les a éditées, industrialisées et diffusées à l'échelle d'un continent, en y ajoutant ses propres créations.
Une pièce Knoll ancienne porte donc à la fois la marque d'un designer et celle d'un éditeur. Pour la situer dans cette histoire, il faut savoir lire son marquage, un sujet que nous traitons dans notre guide sur les étiquettes et tampons d'éditeurs et dans notre guide d'achat Knoll vintage.
Ce que nous vérifions
Quand une pièce Knoll passe entre nos mains, nous identifions le designer et le modèle, estimons la génération de production à partir du marquage Knoll et des indices de construction, et décrivons l'état de la coque, du piétement, du chrome ou du cuir.
Par
LAPIERRE MARKET

