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La chaise Tulip d'Eero Saarinen : en finir avec le « bidonville de jambes »

L'histoire de la série Pedestal de Saarinen pour Knoll : un piétement unique en fonte d'aluminium, une coque moulée, le coussin, et les repères pour authentifier une pièce d'origine.

La chaise Tulip d'Eero Saarinen : en finir avec le « bidonville de jambes »

La chaise Tulip répond à une intention clairement formulée. Eero Saarinen disait vouloir débarrasser l'intérieur de ce qu'il appelait le « bidonville de jambes », cet enchevêtrement de pieds de chaises et de tables qui encombre le bas d'une pièce. La série Pedestal, dont la Tulip est la pièce la plus connue, est née de cette idée : poser chaque siège sur un seul appui central, net et continu. Conçue au milieu des années 1950 et mise en production par Knoll en 1957, elle reste l'une des silhouettes les plus reconnaissables du mobilier moderne.

Une intention avant une forme

Saarinen cherchait d'abord à résoudre un problème visuel. Le projet, longtemps appelé en interne « Pedestal Group », a demandé plusieurs années de mise au point. Il s'agissait de remplacer les quatre pieds traditionnels par une tige unique qui s'évase vers le sol et semble prolonger l'assise d'un seul mouvement. Le nom « Tulip » est venu plus tard, pour évoquer la fleur et adoucir l'image d'un objet par ailleurs très technique.

Le projet vise aussi la cohérence de l'ensemble. La série Pedestal comprend des chaises, des tabourets et des tables qui partagent le même piétement central. Réunis dans une pièce, ces meubles dégagent le sol et donnent l'impression d'air et de continuité que Saarinen recherchait.

Deux matériaux, pas une pièce unique

On lit souvent que la Tulip est moulée d'un seul bloc. Ce n'est pas le cas. Saarinen aurait voulu une chaise entièrement en fibre de verre, d'un seul tenant du sol à l'assise, mais le matériau ne supportait pas à l'époque, à lui seul, les contraintes du piétement : les prototypes d'une seule pièce cassaient.

La solution retenue est un compromis solide. La coque, assise et dossier, est en fibre de verre moulée. Le piétement est en fonte d'aluminium, plus lourde et plus résistante, lestée pour assurer la stabilité de cet appui unique. Les deux éléments reçoivent une finition laquée de la même teinte, le plus souvent blanche, qui donne l'impression d'une continuité parfaite. De loin, l'objet paraît d'un seul bloc ; de près, on voit la jonction. Sans ces deux matériaux, la chaise n'aurait pas pu être produite.

L'assise reçoit un coussin amovible, le plus souvent en tissu, posé sur la coque. Sur les fauteuils, les accoudoirs font partie de la coque moulée. C'est le coussin qui apporte le confort, la coque rigide servant de structure.

Authentifier une Tulip d'origine

La Tulip est très copiée, souvent avec un piétement en plastique ou en aluminium léger qui sonne creux et bascule. Quelques repères concrets aident à distinguer une pièce Knoll d'une imitation.

Le premier est le marquage. Les pièces Knoll portent en général une étiquette ou un marquage du fabricant sous l'assise ou sur le piétement. Sur les pièces anciennes, il s'agit souvent d'une étiquette adhésive ou imprimée ; sur les productions récentes, le marquage est souvent gravé ou apposé sous la coque. Son absence n'invalide pas à elle seule une pièce ancienne, mais elle doit inciter à la prudence.

Le deuxième est le poids et le son du piétement. Une base d'origine en fonte d'aluminium est lourde, stable, et ne vibre pas quand on s'assoit. Une copie en plastique ou en métal mince se trahit tout de suite par sa légèreté et son instabilité.

Le troisième est la finition de la jonction entre coque et piétement, et la qualité de la laque. Sur une pièce d'origine, la transition est nette et la laque épaisse, régulière, sans coulures. Les copies présentent souvent des raccords approximatifs et une laque qui s'écaille.

Vivre avec une Tulip aujourd'hui

La Tulip trouve facilement sa place dans un intérieur actuel, pour la raison même qui l'a fait naître : elle dégage le sol. En série autour d'une table ronde, elle compose une salle à manger très lisible. Les laques anciennes peuvent présenter de fines rayures ou un léger jaunissement du blanc, qui sont des signes d'âge plutôt que des défauts. Le coussin, souvent refait au fil des décennies, peut être recouvert dans le tissu de votre choix sans nuire à la valeur de la pièce, à condition que la coque et le piétement soient d'origine.

Ce que nous vérifions

Quand une Tulip passe entre nos mains, nous contrôlons le piétement (fonte d'aluminium et non plastique, poids, stabilité) et lisons le marquage Knoll éventuel sous l'assise. Nous examinons la coque en fibre de verre à la recherche de fissures et d'éclats, regardons la laque sous lumière rasante et évaluons l'état du coussin. Nos photos montrent la jonction entre la coque et le piétement, ainsi que le marquage.

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Auteur

Nicolas Bret

Fondateur LAPIERRE MARKET — chineur, photographe, et seul interlocuteur derrière le site.

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